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Trois questions à… François Rage, président du SMTC.

 

« Clermont a les atouts pour devenir la métropole de la mobilité innovante »

La deuxième édition du concours Auvermoov se termine et vous avez pu voter pour vos start-up mobilité préférées, parmi la trentaine de candidatures. Les lauréats seront proclamés prochainement. Comme les quatre projets sélectionnés lors de l’édition de 2016, ils seront accompagnés dans la mise en œuvre et le développement de leur solution. François Rage, Président du Syndicat Mixte des Transports Clermontois, nous livre son regard sur cette initiative en faveur de l’innovation dans le domaine de la mobilité.

 

Avec cette première année de recul sur le concours Auvermoov, quels en sont selon vous les enjeux les plus importants ?

 

Si je parle avec mes deux casquettes de président du SMTC et de vice-président de Clermont Auvergne Métropole en charge de la mobilité et des transports, je soulignerai trois enjeux.

Le premier est en direction des usagers : il répond à notre volonté de mobilité pour tous, en prenant en compte les différences sociales mais aussi géographiques. De ce point de vue, l’agglomération clermontoise est très spécifique, avec des zones périurbaines et même rurales importantes, des zones en altitude, où les déplacements sont moins aisés que dans la ville-centre. Mais les habitants d’Orcines ou de Pont-du-Château doivent pouvoir se déplacer aussi et il y a donc une pertinence à trouver des solutions.

Le deuxième enjeu est d’ordre économique. Clermont-Ferrand, qui vient d’obtenir le statut de métropole, a besoin d’un marqueur pour se différencier et renforcer son attractivité. Ce marqueur pourrait être la mobilité car nous avons des atouts importants sur cette thématique : la présence de Michelin, les spécificités du territoire que je viens d’évoquer, les particularités de son tramway, sa taille – suffisamment grande mais pas trop – qui en fait un bon terrain d’expérimentation pour des innovations… Nous avons aussi des possibilités importantes pour développer des projets du fait que les partenariats public-privé se font facilement ici. Dans ce contexte, le SMTC doit prendre toute sa place. C’est ce que nous faisons avec Auvermoov. Maintenant que la Métropole est en place administrativement, elle va avoir la possibilité de s’impliquer davantage à nos côtés pour la réussite de cet objectif.

 

« Les usagers aussi ont leurs idées sur les solutions »

 

Enfin, un dernier enjeu me paraît important : celui du lien avec les citoyens. Ce ne sont pas seulement les élus ou les experts qui détiennent les solutions. Les usagers, qui ont chacun leurs problématiques de mobilité sur le territoire, ont aussi des idées pour y répondre. Et à l’inverse, Auvermoov peut avoir un impact pédagogique, pour faire prendre conscience de la nécessité et de la possibilité d’évoluer sur ces questions. C’est pourquoi le vote des citoyens sur internet fait partie du processus de sélection des start-up lauréates. Nous devons développer encore cet aspect participatif.

 

Quel bilan tirez-vous de cette première année d’Auvermoov ?

 

Une première chose que je retiens, c’est qu’après avoir été accompagnés par un cabinet sur le premier concours, nous avons repris l’organisation en interne pour l’édition 2017 et les équipes se sont bien impliquées et y ont pris plaisir. C’est réjouissant.

Sur la sélection 2016, nous avions retenu quatre projets, ce qui n’est pas trop, compte tenu du fait que l’un d’eux s’est arrêté et un deuxième, Ecov, qui propose un système de covoiturage local, reste prometteur mais a pris du retard en raison d’aspects administratifs très lourds.

Les deux autres fonctionnent déjà bien. J’ai un attachement particulier pour Handivalise : ce projet ne concerne qu’une minorité d’usagers mais il se fonde sur des valeurs de solidarité, de relations entre personnes handicapées et personnes valides, en permettant aux uns d’aider les autres à emprunter les transports en commun. Leur service est expérimenté sur le réseau clermontois. Au-delà de notre apport financier, nous gratifions les accompagnants par des lots, des cadeaux.

Quant à MyBus, elle est déjà sur une autre échelle et se développe non seulement à Clermont, mais aussi dans une cinquantaine d’autres villes en France. À Clermont, cette application qui assiste les passagers des transports en commun est expérimentée sur deux lignes et va être déployée plus largement.

Nous accompagnons ces lauréats par un apport financier important, mais nous les aidons aussi par d’autres moyens : nous leur offrons la possibilité d’expérimenter leurs solutions sur notre réseau et sur l’agglomération, nous apportons aussi un soutien en compétences et en ingénierie et nous les mettons en lien avec des grands groupes, notamment Keolis et Transdev, qui sont comme nous attentifs aux initiatives innovantes.

 

« Le transport s’inscrit dans des problématiques plus vastes d’urbanisme et de développement durable »

 

L’intérêt d’Auvermoov, c’est que nous gardons aussi des liens avec les candidats qui n’ont pas été retenus, car ils ont aussi de bonnes idées. Nous pouvons les aider et nous sommes attentifs à leur évolution.

Enfin, ce dispositif a aussi changé des choses, peut-être pas encore au niveau des usagers, mais dans la perception de ces problématiques par les élus et par nos agents. Les premiers associent plus facilement la mobilité à la notion d’innovation ; et à l’échelle de nos agents, il y a une prise de conscience que le transport ne se résume pas au déplacement d’usagers par les transports publics, mais s’inscrit dans des problématiques plus vastes de mobilité, d’urbanisme, de développement durable.

 

Le SMTC a défini son projet mobilité sur un long terme, pour la période 2016-2032. À titre personnel, comment imaginez-vous la mobilité urbaine d’ici à quinze ans ?

 

C’est difficile d’imaginer dans quelle direction on va sur le long terme, car toute innovation peut être très vite rendue obsolète par l’innovation suivante. Néanmoins, on peut avoir quelques certitudes. J’ai la conviction que le concept de voiture va changer : on va devenir usager de la voiture plutôt que propriétaire ; on le pressent déjà chez les jeunes qui prêtent ou louent facilement leurs véhicules et ne trouvent pas toujours l’utilité d’en posséder un.

Deuxième certitude : nous n’en sommes qu’aux débuts du smartphone et de l’exploitation de son potentiel. Il va changer profondément les usages, organiser tous nos déplacements avec une grande facilité. Il y aura d’ailleurs une vigilance à avoir pour que les personnes non connectées ne soient pas totalement coupées de l’accès aux transports.

 

« Les usages vont être profondément bouleversés »

 

On verra aussi de grands changements sur les véhicules eux-mêmes, avec l’abandon des énergies fossiles ou l’apparition de la voiture autonome. Il est possible que celle-ci arrive plus tard que ce qu’on annonce, mais je crois qu’elle ne cohabitera pas avec les voitures avec conducteur. Il y aura un remplacement total, qui va changer notre rapport au temps : on pourra s’occuper à autre chose que la conduite dans nos déplacements.

Grâce à toutes ces innovations, je crois aussi qu’on aura des déplacements moins fractionnés : au lieu d’aller à pied jusqu’à un vélo en libre-service ou à un arrêt de bus, on pourra avoir des trajets de point à point, en trouvant en bas de chez soi le vélo laissé par un autre utilisateur ou la voiture qui passe dans votre rue.

Pour des raisons de santé, je suis persuadé qu’on va aussi développer le vélo et la marche à pied.

En résumé, la ville qui se dessine va être profondément modifiée par tous ces nouveaux usages et services. C’est pourquoi nous devons penser le transport en termes d’innovation et rester à l’écoute de ce qui s’invente. Auvermoov contribue à cette démarche.

Propos recueillis par Marie-Pierre Demarty

Photo Fanny Reynaud

 

By |2018-04-13T10:55:27+00:0021 mars 2018|Blog|Commentaires fermés sur Interview François Rage