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Trois questions à… Nathalie Collardot coordinatrice de Covoiturage Auvergne

 

Les trajets quotidiens se partagent aussi

Créée en 2007, l’association Covoiturage Auvergne [ http://www.covoiturageauvergne.net/ ] anime une plateforme de partage de voitures et sensibilise les habitants sur le sujet, dans toute la région. Autrement dit, elle est un acteur-clef de notre territoire sur les questions de mobilité. Rencontre avec sa coordinatrice, Nathalie Collardot.

Quand on pense covoiturage, on pense d’abord à Blablacar, la plateforme devenue incontournable dans ce domaine. Comment se positionne Covoiturage Auvergne par rapport à ce mastodonte et qu’apportez-vous plus spécifiquement ?

Nous nous situons principalement sur un secteur où Blablacar, pour l’instant, n’est pas présent : celui des trajets sur des courtes distances, réguliers ou non, entre le domicile et le travail. Et nous avons prouvé notre utilité : en dix ans, nous avons effectué 25 000 mises en relation ; nous comptons 21 000 inscrits et 5 800 annonces sont en ligne. Notre spécificité st aussi le territoire : Covoiturage Auvergne concerne des trajets qui ont au moins le point de départ ou le point d’arrivée dans un des quatre départements et en l’occurrence, 90 % des trajets se font à l’intérieur de la région.

Notre plateforme est un outil de mise en relation gratuit, où les trajets ne sont pas payés en ligne. Une fois les personnes en contact, elles s’arrangent entre elles, soit par un paiement direct, soit en alternant les véhicules de l’un et de l’autre pour un trajet quotidien, sans paiement en argent.

Nous avons aussi des accords avec dix-huit entreprises de la région, qui ont leur espace dédié sur la plateforme et développent ainsi leur propre communauté de covoiturage.

Nous n’oublions pas non plus que notre association est à l’origine une émanation de Chôm’Actif [ https://chomactif.fr/ ], qui souhaitait créer un service pour aider les personnes en insertion à se rendre à des rendez-vous, des entretiens d’embauche par exemple. Nous essayons d’être attentifs aux besoins des personnes en difficulté. Notre ancrage local permet une proximité, une présence humaine : nous sommes présents pour répondre au téléphone, pour aider ceux qui ont du mal à s’inscrire ou déposer une annonce ou qui ne sont pas connectés. De fait, notre système est utilisé par des toutes les générations.

« Aujourd’hui, tout le monde sait

ce qu’est le covoiturage. »

Enfin, nous avons un rôle de sensibilisation. Nous intervenons régulièrement auprès des salariés de trente-six entreprises, généralement à notre demande mais nous sommes toujours bien reçus, car nous répondons à différentes problématiques des salariés et des structures elles-mêmes : les questions d’environnement bien sûr, qui peuvent être liées à des politiques de responsabilité sociale de l’entreprise, mais aussi les problèmes de stationnement ou la difficulté à recruter pour des structures situées dans des zones peu accessibles en transports en commun. Auprès des salariés, nous mettons aussi en avant les avantages économiques, la convivialité, la solidarité.

Nous menons aussi des actions de sensibilisation en partenariat avec certains territoires et nous sommes présents sur des foires bio, des forums, des événements… Sur ces actions, Blablacar nous a facilité les choses : aujourd’hui tout le monde sait ce qu’est le covoiturage et nous pouvons nous concentrer sur une information plus précise, la présentation de nos services ou la levée des réticences.

En quoi Covoiturage Auvergne est original ou innovant ?

Notre première originalité tient à notre statut d’association indépendante : c’est presque unique. En général, ce type de services est géré par les collectivités, comme c’est le cas pour notre partenaire Covoit’oùra [ https://www.covoitoura.eu/ ], la plateforme de la grande région mise en place par le Conseil régional.

Notre positionnement sur les trajets domicile-travail a été aussi novateur : nous avons dix ans d’avance sur Blablacar, qui commence à s’y intéresser, alors que ces petits trajets du quotidien sont une part énorme du trafic et un facteur important de pollution.

Au-delà, nous sommes à l’écoute des évolutions et des innovations qui pourraient améliorer notre service ou venir en complémentarité de ce que nous proposons. Nous avons ainsi repéré depuis longtemps la startup Ecov [ http://www.ecov.fr/ ] qui développe des solutions de covoiturage instantané.

« À Clermont, la voiture est encore omniprésente. »

Nous sommes en relation avec des acteurs de la mobilité, comme le SMTC ou des collectivités locales ou départementales, pour réfléchir aux solutions de déplacement ou accompagner les changements. Nous les aidons à mettre en place des expérimentations adaptées à leur situation, comme de l’autostop organisé ou du covoiturage solidaire par exemple.

L’ancienneté de notre expérience sur ces questions nous a fait reconnaître comme un partenaire expert sur les mutations de la mobilité.

Comment situez-vous l’Auvergne et l’agglomération clermontoise sur ces évolutions ?

Je ne suis dans la région que depuis deux ans et ce qui m’a frappée, c’est l’omniprésence de la voiture. Bien sûr, il y a des explications, comme les difficultés à faire circuler des transports en commun en montagne ou l’importance des côtes dans une ville comme Clermont. Mais en termes de pistes cyclables ou de vélo électrique, l’agglomération semble au stade des balbutiements par rapport à d’autres villes. Les parkings-relais pourraient être bien plus à l’extérieur de la ville. Et je ne comprends pas qu’il y ait encore des axes à 70 km/h dans la ville.

Mais il y a aussi des aspects pionniers. Par exemple, le Conseil départemental du Puy-de-Dôme a une politique exemplaire en termes de covoiturage, avec plus de cent aires aménagées. Et bien sûr, l’existence de l’association Covoiturage Auvergne est en soi formidable. Aller dans des petits villages et découvrir que les gens connaissent et utilisent la plateforme, c’est génial !

Propos recueillis par Marie-Pierre Demarty

By | 2017-11-08T14:07:22+00:00 8 novembre 2017|News|0 Comments

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